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Des origines : Le Moyen-Age
Marie de Gournay - Article de Marie-Thérèse NOISET
 

Monsieur Michel DREUE, Président de

LA SOCIETE ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DE BOULOGNE - CONCHY - HAINVILLERS ET ALENTOURS

nous a, fort aimablement, autorisé à publier un article tiré du bulletin n° 56 d'octobre 2002 concernant Le Sanctuaire Gaulois de Gournay sur Aronde par M. Jean-Louis BRUNAUX.

Nous tenons à le remercier.
Des photographies ainsi que des croquis ont été ajoutés au texte initial. Ils proviennent du musée VIVENEL de Compiègne.

Nicole CAVICCHI - LEBEL


La religion gauloise avant la découverte de Gournay-sur-Aronde
Un enclos sacré
Les Celtes belges et la création du sanctuaire
Offrandes et sacrifices
La fin de ce sanctuaire majeur de la cité des Bellovaques

 

Le nom de Gournay-sur-Aronde est depuis deux décennies assimilé à un site majeur de la période celtique. Cité et bien souvent évoqué en détail dans bien des ouvrages d'histoire des religions, il est connu de tous les celtisants d'Europe. Cette célébrité tient à des fouilles archéologiques qui se sont déroulées de 1975 à 1984 et qui ont révélé le premier authentique sanctuaire celtique. A partir de cette époque, le sanctuaire de Gournay est devenu un modèle, une sorte de guide pour tous ceux qui cherchaient à retrouver les traces de l'activité religieuse des Celtes et parmi eux plus précisément des Gaulois.

La religion gauloise avant la découverte de Gournay-sur-Aronde

Les résultats des fouilles de Gournay ont révolutionné la conception qu'on se faisait de l'activité religieuse des Gaulois. Pour le comprendre, il faut rappeler comment était vue cette religion il y a seulement trente ans. La connaissance dépendait alors exclusivement de la lecture des textes antiques, César, Pline le Naturaliste et le poète Lucain qui, chacun à sa manière, a évoqué les druides ou prêtres gaulois, leurs dieux et quelques cérémonies. S'il était évident que les Gaulois disposaient d'un panthéon presque aussi riche que celui des Grecs et des Romains ainsi que d'un clergé puissant et hiérarchisé (théologiens, devins, sacrificateurs, chantres, etc.), les formes et les lieux du culte demeuraient ignorés. La lecture fautive du très célèbre passage de Pline sur la cueillette du gui semblait prouver que les sacrifices se déroulaient au sein de profondes forêts et que les Gaulois ne possédaient pas, comme leurs voisins plus civilisés, des lieux de culte fixes et soigneusement aménagés, autrement dit des sanctuaires. De la même manière, les historiens de la religion et les auteurs des manuels sur la civilisation gauloise pensaient - on ne sait trop pour quelle raison - que les Gaulois et plus généralement les Celtes ne sacrifiaient à leurs dieux que des animaux sauvages.

Ainsi, à travers leur religion, les Gaulois demeuraient des barbares, un peuple qui n'était pas tout à fait civilisé et qui avait bien mérité de se faire coloniser, afin que lui soient inculquées quelques valeurs essentielles.
Cette vision qui aujourd'hui nous paraît une sorte d'image d'Epinal est d'autant plus paradoxale que les auteurs antiques (César, Diodore de Sicile, Strabon, etc.) avaient procédé à des descriptions souvent précises des rites religieux et des lieux où ils se déroulaient : ils parlent d' "enclos sacrés", de "temples", de "propylées" même. Ces informations précieuses qui nous ont servi de clef pour comprendre les découvertes de Gournay ont tout simplement été oubliées ou sont passées inaperçues par les historiens des Gaulois. Ces derniers n'ont retenu que les évocations caricaturales qui faisaient du Gaulois une sorte de bon sauvage exotique.

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photographie d'un croquis du musée Vivenel de Compiègne
photographie Nicole Cavicchi-Lebel

Un enclos sacré

Le sanctuaire de Gournay se présente de la même manière que ses équivalents grecs ou romains. C'est un enclos, un terrain que les hommes ont soigneusement découpé pour en faire la propriété du dieu, son domaine, là où l'on peut venir l'honorer. Comme les sanctuaires du monde classique, il s'agit d'un terrain d'une petite superficie (moins de 25 ares), au plan rectangulaire. Cette forme permettait l'orientation : l'entrée ouvrait face au soleil levant précisément lors du solstice d'été.
Ce terrain avait été consacré, c'est-à-dire que son accès aux hommes, aux animaux et aux choses était strictement réglementé. La séparation avec le monde extérieur et profane était à la fois symbolique et réelle: un fossé large et assez profond signifiait cette coupure et un mur qui le bordait du côté intérieur masquait l'intérieur, le domaine divin et les rites qu'on y accomplissait. Ce mur de bois et de torchis, soigneusement apprêté, constituait une enceinte hermétiquement fermée dont le seul accès était un porche monumental, une sorte de sas, permettant de franchir le fossé et d'entrer rituellement.

maquette du site gaulois de Gournay sur Aronde
photographie de Nicole Cavicchi-Lebel - Musée Vivenel -Compiègne

Ce porche était l'un deux bâtiments imposants du sanctuaire. Bâti sur six puis huit poteaux, il possédait, selon toute vraisemblance, un étage et se trouvait muni d'un toit. C'est sur ses parois et sur les balustrades à l'étage qu'étaient accrochées plusieurs centaines d'armes, mais aussi des crânes humains et ceux de bovidés. Il est l'illustration parfaite d'un passage du géographe grec Strabon qui affirme que les Gaulois accrochaient les crânes de leurs ennemis à des propylées. Le porche de Gournay est un véritable propylée.

L'intérieur de l'enceinte était en grande partie vide de construction. Dans une époque ancienne ( Ille siècle av. J.-C. ), l'autel n'était qu'une simple fosse et ce n'est qu'au siècle suivant qu'il fut protégé par une couverture, en fait un simple toit reposant sur neuf poteaux recouvrant la fosse. L'enceinte comportait donc au centre cet autel et près de lui un bosquet d'arbres et d'arbustes. L'espace périphérique était inoccupé, il permettait l'accomplissement des rites et surtout la tenue des banquets.

Le bosquet, courant dans les sanctuaires antiques, avait chez les Gaulois la plus haute importance, c'est le "bois sacré ", traduction du mot latin fucus, la personnification même de la divinité. Les Celtes, en effet, avant l'époque romaine, ne représentaient pas leurs dieux sous une forme humaine. Ils n'avaient ni statue les représentants ni quelconque effigie. Le bois sacré qui était à la fois la demeure provisoire des dieux et le lien entre les mondes souterrain et céleste permettait aux fidèles de ressentir la présence divine, d'avoir avec elle un contact plus physique.

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Plan général des structures du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde
- dessin de J.L. BRUNAUX -


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Les Celtes belges et la création du sanctuaire

Le sanctuaire de Gournay a été créé au début du Ille siècle av. J.-C., probablement dans les années - 280. Cette création à cette date doit certainement être mise en rapport avec l'arrivée dans le nord de la Gaule, les Belges, un ensemble de peuples celtes originaires d'Allemagne et d'Europe centrale dont les historiens antiques situent justement la migration au début du Ille siècle. Auparavant le nord de la Gaule était fort peu densément occupé par des populations indigènes, héritières des anciens peuplements néolithiques. Le début du Ille siècle est marqué par des bouleversements importants qui sont généralement visibles à travers les vestiges archéologiques: habitats plus nombreux, apparition de nombreuses nécropoles et d'un nouveau rite funéraire, l'incinération. Les fouilles de ces dernières années permettent de compter au nombre de ces innovations la création de sanctuaires.
Les peuples belges sont arrivés par vagues successives, chacun descendant le plus au sud vers la Seine et se choisissant le territoire qui lui semblait le plus prospère. Les Bellovaques sont parmi les premiers arrivés. Ils s'établirent dans le bassin du Thérain, en gros l'actuel département de l'Oise. Ils
étaient formés de plusieurs grandes tribus (probablement quatre), chacune. s'installant dans un territoire propre, un pagus (nom latin qui a donné le français "pays"). Le pagus du nord-est était établi autour de la vallée de l'Aronde.

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- dessin de J.L. BRUNAUX -

Avant l'arrivée des Belges et plus précisément des Bellovaques l'emplacement du futur sanctuaire, situé sur le versant sud de la vallée de l'Aronde dans l'actuel parc du château, était déjà occupé. Au début du second âge du Fer (Ve-IVe s. av. J.-C.) une fortification de petite taille avait été aménagée, à proximité un petit enclos servait déjà peut-être au culte. C'est cet enclos qui fut transformé par les nouveaux arrivants en grand sanctuaire. La réoccupation "de ce lieu ne doit pas étonner: les Bellovaques apprenant que se trouvait là un dieu honoré par la population locale se l'approprièrent, ce qui était aussi une façon de marquer son emprise sur les lieux et les habitants qui les occupaient. Les Romains, presque trois siècles plus tard, agirent de la même façon.

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Offrandes et sacrifices

Le sanctuaire de Gournay sur Aronde, comme on l'a vu, a permis depuis sa découverte l'identification de nombreux autres lieux de culte dans tout le monde celtique.
Vingt cinq ans après sa fouille, on perçoit mieux quelles sont ses particularités.
C'est tout d'abord la richesse de son mobilier archéologique. C'est ensuite une lisibilité tout à fait exceptionnelle des aménagements cultuels et des vestiges qu'ont laissés un certain nombre de rites.

Archéologues lors des travaux de décapage du site
- photographie de J.L. BRUNAUX -
Les Bellovaques qui s'installèrent là étaient de redoutables guerriers. Leur réputation belliqueuse nous est transmise par César lui-même. Ce qui signifie que jusqu'à la conquête romaine, ce peuple cultiva ses valeurs guerrières. Et, de fait, le sanctuaire de Gournay paraît être un haut lieu de ces célébrations des dieux de la guerre.
Les nouveaux arrivants qui avaient dû passablement batailler en chemin étaient chargés des dépouilles de leurs ennemis, des armes prestigieuses surtout. Le sanctuaire fut conçu pour les accueillir et pour recevoir par la suite toutes celles qui seraient prises à d'autres ennemis. Ces armes constituaient l'offrande principale que les fidèles dédiaient au dieu du sanctuaire, un dieu guerrier et infernal.
Pendant près d'un siècle et demi ce sont plus de 300 panoplies complètes de guerrier qui furent déposées là, des épées souvent accompagnées de leur fourreaux et des chaînes de ceinture, des boucliers et des fers de lance. 2000 armes au total ont été découvertes.

Pointe de lance retrouvée sur le site du sanctuaire
photographie Nicole Cavicchi-Lebel
Musée Vivenel - Compiègne
Talon de lance retrouvé sur le site du sanctuaire
photographie Nicole Cavicchi-Lebel
Musée Vivenel - Compiègne

Umbo (bosse centrale) d'un bouclier gaulois dont la majeure partie était en bois. Celui-ci porte les marques (coups de lance essentiellement) de sa destruction rituelle.
photographie Nicole Cavicchi - Lebel - Musée Vivenel Compiègne


Aujourd'hui exposées au Musée Vivenel de Compiègne, elles forment la plus importante collection d'armes celtiques d'Europe, après celle de Ribemont-surAncre dans la Somme. Ces panoplies de guerrier étaient suspendues au porche d'entrée ou sur les murs de les enclos. Elles y demeurèrent plusieurs dizaines d'années avant que la corrosion ne les fasse choir sur le sol. Elles étaient alors systématiquement brisées et rejetées dans le fossé entourant l'enceinte sacrée.
L'autre activité rituelle importante était évidemment le sacrifice animal. Les nombreux ossements découverts indiquent que seuls les animaux domestiques étaient sacrifiés. En cela donc, les Gaulois ne différaient pas des Grecs et des Romains: ils offraient aux dieux seulement des animaux qu'ils avaient élevés et non pas les animaux sauvages qui, par nature, appartenaient aux domaine divin. Les sacrifices animaux sont de deux types. Il y a un sacrifice assez habituel dans l'Antiquité classique, celui dit de "commensalité": des porcelets et des agneaux étaient sacrifiés et les participants au culte consommaient à l'intérieur de l'enceinte les meilleures part, les jambons et les gigots. L'autre sacrifice est plus exceptionnel. Il est connu dans la religion grecque sous le nom de "culte chthonien". Des bovidés, taureaux, vaches et bœufs à parts égales, étaient offerts dans la totalité à la divinité. Pour cela, une fois la bête tuée, sa dépouille était déposée au fond de l'autel (une grande fosse) où elle demeurait entre six et huit mois, le temps que les chairs pourrissent et qu'elles repaissent la divinité censée demeurer sous terre. Au moins une cinquantaine de bêtes ont ainsi péri.
Que ce soit par l'offrandes des armes ou que ce soit par le sacrifice d'animaux domestiques, les Gaulois agissent de la même manière que les Grecs et les Romains, même si leurs dieux avaient une autre nature. Ils se comportent donc comme des populations de l'Antiquité déjà très civilisées.

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Reconstitution du sanctuaire de Gournay-sur-Aronde au IIIe siècle av. J.-C.
- dessin de J.L. BRUNAUX -
La fin de ce sanctuaire majeur de la cité des Bellovaques

Vingt-cinq ans après la fouille, on sait maintenant que le sanctuaire de Gournay appartient à la catégorie la plus haute des lieux de culte, sanctuaires centraux qui jouaient un rôle dans la topographie religieuse et politique du territoire. On peut se demander alors pourquoi il fut soigneusement fermé à la fin du II siècle av. J.-C. Cette fermeture est probablement liée aux premières invasions germaines dont la plus connue est celle des Cimbres et des Teutons. Les Bellovaques sont les seuls Gaulois qui leur aient résisté, peut-être au prix de modification de leur territoire et de ses aménagements cultuels et civiques. C'est en effet, quelques décennies plus tard qu'apparaît un autre sanctuaire important à Estrées-Saint-Denis, à six km au sud. Ce dernier l'a-t-il remplacé?
Le sanctuaire de Gournay est rouvert après la Guerre des Gaules dans les dernières décennies précédant notre ère. Mais il est désormais plus modeste et il a perdu tout caractère guerrier. Plus tard on y installera un petit temple galloromain qui demeurera jusqu'au Ve siècle.

 

SOCIETE ARCHEOLOGIQUE ET HISTORIQUE DE BOULOGNE - CONCHY - HAINVILLERS ET ALENTOURS

Président : Michel DREUE
Secrétaire : Lucette HARANG
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